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Relations commerciales agricoles entre l’Union européenne et le Maroc – Défis et opportunités pour la prochaine décennie

Article rédigé par John A. Clarke(1), intervenant à la Morocco Tomato Conference 2026

Relations commerciales agricoles entre l’Union européenne et le Maroc – Défis et opportunités pour la prochaine décennie



(1) Chercheur associé à l’Université de Maastricht, membre de la Royal Asiatic Society et du British Institute of International and Comparative Law, Vice-Président de l’EU-China Economic Cooperation and Development Council (ECECDC), Conseiller en commerce international chez FIPRA Public Affairs. Ancien Directeur de la Commission européenne et ancien Chef de la Délégation de l’Union européenne auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des Nations Unies à Genève.

Cet article est basé sur une présentation donnée lors de la Morocco Tomato Conference, à Agadir, le 21 mai 2026.

 

Introduction

Cet article examine les perspectives des échanges agricoles du Maroc avec l’Union européenne dans les années à venir. Il évalue les performances commerciales récentes de l’UE et analyse si celle-ci restera un marché ouvert et attractif pour les produits marocains. Il suggère que la prochaine Politique agricole commune européenne n’aura pas d’implications négatives directes sur le commerce marocain, mais que l’environnement plus large des politiques commerciales et réglementaires en Europe deviendra de plus en plus exigeant. L’article se conclut par une série de recommandations destinées au gouvernement marocain et à son secteur agricole afin de maximiser l’accès du Maroc au marché européen et d’y maintenir durablement sa présence.

Le commerce agroalimentaire de l’UE : une réussite remarquable

Pour comprendre les défis et les opportunités qui attendent les échanges agricoles entre le Maroc et l’Union européenne, il convient d’abord d’examiner les performances commerciales récentes de l’Europe, les facteurs qui les expliquent ainsi que les perspectives d’avenir, tous ces éléments ayant un impact direct sur le Maroc compte tenu de sa forte dépendance au marché européen.

Il est peu connu que l’Union européenne est le premier exportateur mondial de produits agroalimentaires depuis plus d’une décennie, ayant dépassé les États-Unis en 2011. En 2025, l’UE a exporté pour plus de 250 milliards d’euros de produits, contre une facture d’importation de 190 milliards d’euros, dégageant ainsi un excédent commercial d’environ 60 milliards d’euros. Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, et par conséquent de ses statistiques commerciales, a fait passer l’UE, depuis le Brexit, du statut de premier importateur mondial à celui de troisième importateur.

L’Union européenne se distingue également par une remarquable diversité de ses exportations. Contrairement à une idée répandue, elle n’exporte pas seulement du champagne ou du fromage Parmigiano Reggiano, mais toute une gamme de produits allant des matières premières telles que le blé et la viande porcine à des produits fortement transformés comme les préparations pour nourrissons ou le chocolat. En valeur, le blé constitue la principale exportation européenne, suivi des vins et spiritueux, puis des produits laitiers. La région dispose d’un portefeuille d’exportations particulièrement résilient. Elle est également plus diversifiée en matière de débouchés que toute autre grande région agricole : l’UE exporte chaque année pour plus d’un milliard d’euros vers 24 marchés différents.

Les moteurs du commerce agricole européen

Quels sont les facteurs qui expliquent cette performance commerciale remarquable sur le long terme ?

Ils sont au nombre de cinq.

Premièrement, le climat tempéré de l’Union européenne a historiquement offert des conditions agroenvironnementales relativement favorables.

Deuxièmement, la croissance démographique mondiale, notamment en dehors de l’Europe, a stimulé la demande alimentaire. Les exportations de blé vers l’Afrique du Nord ou de poudre de lait vers la Chine ne sont que deux exemples parmi de nombreux autres.

Troisièmement, l’urbanisation croissante et l’émergence d’une classe moyenne dans de nombreuses régions du monde, notamment en Asie de l’Est mais désormais aussi en Afrique subsaharienne, renforcent la demande en produits laitiers, en viande ainsi qu’en produits alimentaires de qualité et à forte valeur ajoutée, domaines dans lesquels l’Europe est historiquement bien positionnée.

Quatrièmement, la Politique agricole commune a, au fil des décennies, réformé les marchés agricoles européens et rendu les agriculteurs de nombreux secteurs (bien que pas tous, certaines zones restant confrontées à la pauvreté) plus compétitifs à l’international, en rapprochant les prix européens des prix du marché mondial. Cela est particulièrement vrai pour les céréales, les produits laitiers, les viandes ainsi que les fruits et légumes.

Enfin, la politique commerciale et le réseau croissant d’accords de libre-échange de l’Union européenne (actuellement 39 accords couvrant 89 pays) ont largement maintenu l’ouverture des marchés d’exportation européens, réduit les obstacles à l’accès aux marchés, en particulier les restrictions sanitaires et phytosanitaires imposées par les pays tiers, et créé de nouveaux débouchés commerciaux.

La politique agricole européenne après 2027 et son impact sur le commerce

Ces facteurs qui ont soutenu les performances passées continueront-ils à jouer un rôle ? Resteront-ils les moteurs du commerce agroalimentaire européen à l’avenir ? La réponse doit être nuancée. Les tendances démographiques évoquées précédemment (croissance de la population en dehors de l’UE et urbanisation croissante, notamment dans les économies émergentes et en Afrique subsaharienne) devraient se poursuivre, tout comme l’intérêt grandissant des classes moyennes pour des aliments européens sûrs et de qualité. Rien n’indique que cette tendance va s’atténuer.

En revanche, les conditions agroenvironnementales et climatiques de la prochaine décennie ne devraient pas être favorables à la production agricole européenne. Les événements météorologiques extrêmes, provoqués par le changement climatique, ont déjà eu des effets néfastes sur l’agriculture européenne, en particulier sur les grandes cultures, les cultures pérennes et les productions fruitières. Rien n’indique que cette situation s’améliorera, dans la mesure où le climat européen est influencé par les émissions de gaz à effet de serre provenant d’autres régions du monde, tandis que l’objectif de neutralité carbone fixé par l’Union européenne semble s’éloigner de plus en plus. L’Europe est aujourd’hui le continent qui se réchauffe le plus rapidement.

Les invasions de nouveaux ravageurs et maladies exotiques, favorisées par le changement climatique et affectant aussi bien les cultures que l’élevage, devraient se poursuivre. Dans le même temps, les producteurs européens disposent de moins en moins d’outils (pesticides, herbicides, etc.) pour y faire face, en raison de réglementations européennes de plus en plus restrictives. Par ailleurs, la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que la biodiversité sont en déclin en Europe. La hausse des coûts de l’énergie et des autres intrants devrait également freiner la production agricole européenne et limiter les gains de productivité dans les années à venir.

La prochaine Politique agricole commune devrait également entraîner un ralentissement de la production et de la productivité agricoles en Europe. Le budget actuellement en cours de négociation entre les États membres de l’Union européenne et le Parlement européen sera, en termes réels, inférieur à l’actuel, avec une réduction du soutien pouvant atteindre jusqu’à 20 %. En outre, le prochain Cadre financier pluriannuel de l’UE (2027-2034), dans lequel s’inscrit le budget de la PAC, a été repensé afin de créer une ligne budgétaire commune couvrant différentes actions de développement au niveau national, dont le traditionnel « deuxième pilier » de la PAC consacré au développement rural n’est désormais qu’un élément parmi d’autres. Cela signifie que les fonds auparavant exclusivement réservés au développement rural pourront, en théorie, être réaffectés à d’autres priorités nationales telles que la défense, la numérisation ou même la culture, selon les choix de chaque État membre. En fonction de ces décisions, cette évolution pourrait entraîner une réduction des dépenses consacrées au développement rural, rendant certaines zones agricoles moins viables sur le plan économique. Toutefois, des observateurs indépendants estiment que les craintes des agriculteurs concernant un transfert massif des fonds au détriment du développement rural sont exagérées et ne s’attendent pas à des changements majeurs des dépenses dans ce domaine en raison de ce nouvel instrument budgétaire.

La prochaine PAC continuera de mettre fortement l’accent sur les conditionnalités environnementales. Les agriculteurs devront continuer à appliquer un ensemble relativement contraignant de réglementations liées à l’environnement et au climat, malgré les récentes décisions de l’Union européenne visant à simplifier le cadre réglementaire applicable aux exploitations agricoles, à introduire davantage de flexibilité dans les exigences du « Green Deal » et à reporter certaines réglementations prévues en matière de durabilité.

Dans ce contexte, il faut s’attendre à une frustration croissante des organisations agricoles européennes face à l’avantage concurrentiel dont bénéficient les importations produites selon des normes moins strictes que celles imposées aux agriculteurs européens et sans les mêmes contraintes réglementaires et administratives. La Commission européenne a déjà annoncé un renforcement des contrôles aux frontières pour des raisons sanitaires et phytosanitaires (SPS), afin de protéger la santé humaine, animale et végétale. Ce système tendra à favoriser les grands exportateurs multinationaux vers l’UE, qui disposent des ressources nécessaires pour se conformer aux normes européennes, tout en compliquant l’accès au marché pour les petits et moyens producteurs, les PME et les petits exploitants.

La Commission a également promis, afin de « rétablir des conditions de concurrence équitables » pour les agriculteurs européens confrontés à une concurrence moins coûteuse des importations, de renforcer sa réglementation relative aux limites maximales de résidus (LMR) de pesticides, en ramenant certaines d’entre elles à zéro lorsque la substance active concernée est interdite dans l’Union européenne. Si cette mesure, largement protectionniste, est mise en œuvre, elle pourrait avoir un impact négatif important sur les produits importés cultivés à l’aide de ces substances. Le secteur des fruits et légumes sera particulièrement touché.

Parallèlement à la PAC, l’Union européenne développera au cours des cinq prochaines années sa politique émergente de sécurité alimentaire, ayant reconnu, tardivement, l’importance de l’alimentation et de l’agriculture pour la sécurité économique et stratégique de l’Europe, ainsi que le risque que l’approvisionnement alimentaire puisse être utilisé comme arme géopolitique.

Cela devrait se traduire par des mesures visant à accroître l’autosuffisance en protéines, à diversifier les sources d’approvisionnement en intrants essentiels (engrais, pesticides, énergie, soja, etc.), à améliorer les mécanismes de surveillance permettant d’anticiper les perturbations de l’approvisionnement alimentaire ou des chaînes logistiques, et à intensifier les efforts de réduction du gaspillage alimentaire au niveau de la distribution et des ménages. La constitution de stocks stratégiques de produits agricoles est sérieusement envisagée pour la première fois depuis plusieurs décennies, mais compte tenu de son coût élevé et de son manque d’efficacité, il est peu probable qu’elle soit mise en œuvre. Dans ce contexte, le Maroc peut se positionner comme un fournisseur fiable de plusieurs produits agricoles s’inscrivant dans la stratégie européenne de sécurité alimentaire diversifiée.

Enfin, le véritable « cygne noir » de cette équation est l’Ukraine. Il est évidemment impossible de savoir quand et à quel rythme l’Ukraine rejoindra l’Union européenne et participera à la Politique agricole commune. Toutefois, son adhésion entraînera des changements majeurs pour l’agriculture européenne ainsi que pour le budget qui lui est consacré, compte tenu de la taille et de l’efficacité remarquables de l’agriculture ukrainienne dans la plupart des secteurs. À moins que l’intégration de l’Ukraine dans la PAC ne se fasse de manière très progressive, et que des mécanismes de soutien financier ne soient mis en place pour les agriculteurs européens confrontés à la concurrence ukrainienne au sein du marché unique, cette adhésion pourrait avoir un impact très négatif sur les revenus agricoles européens dans de nombreux secteurs, allant des céréales aux fruits et légumes, en passant par la volaille, la viande bovine et d’autres productions animales.

Quelle orientation pour la politique commerciale ?

Au cours de la prochaine décennie, la politique commerciale devrait, dans l’ensemble, être moins favorable au secteur agricole, y compris aux importations vers l’Union européenne.

Du côté positif, l’UE achèvera d’ici 2030 son programme de négociation d’accords de libre-échange (ALE) engagé depuis vingt ans. À cette date, environ deux tiers des échanges commerciaux de l’Union bénéficieront d’un régime préférentiel, et seuls les trois grands marchés que sont les États-Unis, la Chine et la Russie resteront en dehors du réseau européen d’accords de libre-échange. L’accent sera désormais mis sur la mise en œuvre de ces accords afin d’en maximiser les bénéfices.

Du côté négatif, il est raisonnable de penser que le commerce international continuera d’être dominé par les rivalités géopolitiques, notamment entre les États-Unis et la Chine, par des droits de douane élevés et instables imposés par les États-Unis à leurs partenaires commerciaux, ainsi que par une utilisation croissante du commerce comme instrument politique. Les guerres commerciales ne font aucun gagnant et, si elles se produisent, elles freineront la croissance économique des principaux marchés. L’Union européenne poursuivra donc une politique d’« autonomie stratégique » en matière commerciale, visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à éviter les dépendances excessives envers un seul pays ou fournisseur, notamment grâce à la diversification des marchés et des sources d’approvisionnement permise par les accords de libre-échange.

Alors que le programme d’accords de libre-échange arrive à son terme, l’Union européenne se tourne désormais vers d’autres formes d’accords sectoriels, tels que les accords de reconnaissance mutuelle de l’évaluation de la conformité, les accords d’équivalence sanitaire et phytosanitaire (SPS), les accords de facilitation des échanges et de coopération douanière, les partenariats pour un commerce et des investissements durables (dont plusieurs ont déjà été conclus avec des pays africains), les accords visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques ou encore les accords sur le commerce numérique. Le Maroc peut bénéficier de cette nouvelle orientation politique.

Enfin, l’agenda européen en matière de climat et de durabilité aura, au cours de la prochaine décennie, des impacts commerciaux directs et indirects, notamment sur les importations. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), le règlement européen contre la déforestation (EUDR), le règlement interdisant la commercialisation de produits issus du travail forcé ainsi que la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CS3D) comportent tous une dimension extraterritoriale affectant les importations. Non seulement la production européenne, mais également les produits agricoles provenant de pays tiers devront démontrer leur conformité à l’ensemble des normes et exigences imposées par ces textes législatifs majeurs.

À cela s’ajoutent les règles plus strictes concernant l’utilisation des pesticides évoquées précédemment (LMR), les normes plus exigeantes en matière de bien-être animal qui devraient être introduites au cours des trois prochaines années, notamment l’interdiction de l’élevage en cage, laquelle sera très probablement appliquée également aux produits importés, un éventuel système d’étiquetage lié à la durabilité ainsi que des exigences renforcées concernant les emballages et les déchets d’emballages. Le cadre réglementaire auquel seront confrontés les exportateurs de pays tiers vers l’Europe s’annonce donc particulièrement exigeant.

Quelles implications pour le Maroc ?

L’évolution future du commerce agroalimentaire comporte des implications importantes, à la fois positives et négatives, pour les échanges entre le Maroc et l’Union européenne.

Premièrement, la demande pour les produits marocains ne devrait pas diminuer, car la production européenne sera de moins en moins capable de satisfaire la demande de consommation au sein de l’UE. La proximité géographique du Maroc avec l’Europe ainsi que l’existence de circuits commerciaux bien établis lui confèrent un avantage concurrentiel par rapport à la plupart des autres fournisseurs de pays tiers.

Deuxièmement, la tendance vers une consommation accrue de fruits et légumes ainsi que du régime méditerranéen devrait se poursuivre, dans le cadre des politiques européennes visant à améliorer la santé publique et à favoriser le remplacement partiel des protéines animales par des protéines végétales afin d’utiliser les ressources foncières de manière plus efficace.

Troisièmement, l’initiative Global Gateway, qui prévoit d’importants investissements européens dans les infrastructures africaines (énergie, numérique, routes, chemins de fer et ports), profitera au Maroc en renforçant son rôle de plateforme logistique et de production entre l’Europe et l’Afrique.

Quatrièmement, le protectionnisme croissant parmi les agriculteurs européens, associé à une volonté de réduire les importations et d’accroître légèrement l’autosuffisance alimentaire de l’Union, pourrait entraîner des perturbations périodiques du marché pour les exportateurs marocains.

Enfin, les exigences de plus en plus strictes en matière d’environnement, de climat, de bien-être animal, de pesticides et de droits humains appliquées aux importations pourraient avoir un impact négatif important sur le Maroc si ses producteurs ne parviennent pas à se conformer à ces règles toujours plus exigeantes et fréquemment révisées.

Que doit faire le Maroc à l’avenir ? Un plan en sept points

Lors de la Morocco Tomato Conference du mois dernier, l’auteur a présenté les évolutions réglementaires et commerciales décrites dans cet article. Il a conclu son intervention par sept recommandations destinées aux autorités marocaines et aux producteurs.

Premièrement, le Maroc doit déployer des efforts considérables pour garantir que ses méthodes de production (utilisation des pesticides, normes de bien-être animal, gestion de l’eau, empreinte carbone, etc.) respectent pleinement les normes européennes, afin de ne fournir aucun prétexte aux autorités européennes pour restreindre les importations. Le Maroc doit se positionner comme un partenaire fiable en matière de conformité.

Deuxièmement, le Maroc, à travers son gouvernement et ses organisations professionnelles agricoles, doit unir ses efforts à ceux d’autres pays pour exiger la réalisation d’études d’impact préalables à toute décision concernant les limites maximales de résidus (LMR). Ces études devraient également évaluer les conséquences de ces décisions sur les agriculteurs des pays en développement exportant vers l’Union européenne. Le Maroc et ses partenaires doivent également insister pour que toute décision relative aux LMR repose sur des données scientifiques et des preuves objectives, afin d’éviter que le Parlement européen n’adopte de nouvelles règles pour des raisons politiques ou protectionnistes. Chaque décision devrait être examinée au cas par cas, en fonction du produit concerné et de la substance phytosanitaire utilisée.

Troisièmement, au sein de la FAO, de l’OMC, de l’OMS, de l’Union africaine et d’autres instances multilatérales, le Maroc devrait soutenir les appels visant à exclure les produits alimentaires de toute future guerre commerciale, mesure tarifaire ou représaille commerciale, au nom de la sécurité alimentaire. L’alimentation est trop importante pour devenir l’otage de différends commerciaux sans lien avec elle.

Quatrièmement, le Maroc devrait proposer à l’Union européenne de ratifier l’accord UE-Maroc sur la protection des indications géographiques, finalisé mais actuellement suspendu. Les solutions trouvées concernant l’étiquetage des produits provenant du Sahara occidental lèvent le principal obstacle à sa ratification. Cet accord serait bénéfique à la fois pour les produits de qualité marocains et européens. Il renforcerait également l’intérêt politique de l’Europe à maintenir de bonnes relations commerciales avec le Maroc.

Cinquièmement, les producteurs marocains doivent rester à la pointe de l’innovation en adoptant les pratiques de production les plus avancées : serres intelligentes permettant de réduire la consommation d’eau et d’intrants ainsi que les coûts de main-d’œuvre, développement de nouvelles variétés de fruits et légumes capables de répondre, voire d’anticiper, les évolutions rapides des préférences des consommateurs européens (qui diffèrent d’un État membre à l’autre), tout en réduisant leur impact environnemental. C’est ainsi que le Maroc pourra préserver son avantage concurrentiel.

Sixièmement, le gouvernement marocain et les institutions financières doivent redoubler d’efforts pour attirer les investissements européens dans le secteur agricole marocain, en positionnant le Maroc comme un partenaire fiable et stratégique pour l’Europe dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie et des infrastructures, tout en servant de pont vers les marchés africains et MENA. L’initiative Global Gateway constituera un cadre important pour les flux d’investissement dans la région.

Enfin, compte tenu des incertitudes politiques qui pèsent tant sur l’Europe que sur le Maroc, ce dernier devrait suivre l’exemple d’autres pays en diversifiant davantage ses marchés afin de ne pas dépendre exclusivement de l’Europe. Il doit également poursuivre ses efforts pour réduire sa dépendance aux intrants, notamment en développant les énergies vertes, le dessalement de l’eau de mer et d’autres solutions destinées à renforcer sa résilience du côté de l’offre. Le gouvernement marocain est pleinement conscient de ces enjeux et agit déjà dans ce sens.