Ce phénomène est le plus souvent associé à des fruits trop mûrs, à un stockage à basse température et à des situations de stress de la plante. Cette alerte met en lumière les facteurs contributifs en production sous serre ainsi que les leviers pratiques permettant d’en limiter l’apparition.
La viviparité se produit lorsque les graines sortent de leur dormance et commencent à germer alors qu’elles se trouvent encore dans le fruit. Lorsqu’un fruit est coupé, le phénomène se manifeste par l’apparition de radicelles issues des graines à l’intérieur de la cavité loculaire. En conditions normales, la dormance des graines est maintenue par une régulation hormonale, notamment via l’acide abscissique. Lorsque cette dormance s’affaiblit, l’environnement interne du fruit, humide et riche en glucides, peut favoriser une germination rapide, en particulier dans les fruits très mûrs.
Un désordre physiologique à ne pas confondre avec une pourriture
La viviparité est un désordre physiologique et n’est pas liée à la présence de ravageurs ou de pathogènes en serre. Il est essentiel de la distinguer des phénomènes de pourriture interne, généralement associés à une dégradation des tissus, à des décolorations, à des odeurs anormales ou à des développements fongiques. À l’inverse, la viviparité se caractérise par la germination des graines dans des tissus internes par ailleurs intacts. En cas de doute, l’ouverture d’un échantillon homogène de fruits issus d’un même lot ou d’un même cultivar constitue la méthode la plus rapide pour confirmer le diagnostic et évaluer l’incidence.
La maturité du fruit, facteur clé en serre
En culture sous serre, la viviparité est le plus souvent observée sur des fruits maintenus sur la plante au-delà du stade optimal de récolte. Des intervalles de récolte trop espacés, des contraintes de main-d’œuvre ou un maintien prolongé des grappes peuvent conduire à une surmaturité des fruits, augmentant significativement le risque d’apparition du phénomène.
L’influence des conditions de stockage
Les conditions de stockage peuvent également contribuer à la viviparité. Un stockage à basse température, en particulier en dessous de 13 °C, et plus encore en réfrigération classique entre 0 et 4 °C, peut accroître le risque de désordres liés au froid et être associé à l’apparition de viviparité sur des fruits trop mûrs. Pour les tomates de serre destinées au marché du frais, le maintien de températures de manipulation adaptées et l’évitement des expositions inutiles au froid constituent des mesures essentielles pour préserver la qualité et l’homogénéité.
Le rôle du stress végétal et de la gestion racinaire
La viviparité peut être favorisée par des situations de stress subies par la plante. En serre, ce stress peut résulter de périodes de températures élevées, d’irrigations irrégulières ou de variations rapides de la conductivité électrique dans la zone racinaire. En systèmes de culture en contenants ou en sacs utilisant des substrats à base de tourbe ou de fibre de coco, la gestion fine de l’irrigation et l’uniformité de la fertigation jouent un rôle central. Des alternances marquées entre dessèchement et ré-humectation du substrat, ou des hausses importantes de l’EC entre deux irrigations, peuvent induire un stress évitable, susceptible d’augmenter indirectement les risques de désordres physiologiques liés à la maturation des fruits et à la dormance des graines. Bien que la viviparité soit avant tout liée à la physiologie du fruit et de la graine, la stabilisation de l’environnement de culture et de la zone racinaire constitue une stratégie de prévention efficace.
Des leviers de gestion avant tout préventifs
La gestion de la viviparité repose principalement sur la prévention, en particulier via la rigueur des pratiques de récolte et de post-récolte. En cas d’apparition du phénomène, il est recommandé de resserrer les intervalles de récolte et d’éviter de laisser les grappes dépasser le stade de maturité ciblé, notamment lors des périodes chaudes et fortement lumineuses où la maturation peut s’accélérer. Pour les cultures présentant des symptômes récurrents, une récolte légèrement plus précoce, par exemple au stade début de viraison, suivie d’une maturation contrôlée hors plante, peut permettre de réduire la proportion de fruits devenant trop mûrs sur pied. Après récolte, il convient d’éviter des températures de stockage susceptibles d’induire des dommages liés au froid et de maintenir des pratiques de manipulation homogènes afin de limiter les expositions prolongées au froid.
Ajuster la conduite culturale et la nutrition
Du point de vue de la conduite de culture, l’objectif est de limiter les stress évitables en assurant une distribution de l’eau stable et un programme de fertigation cohérent, en particulier dans les systèmes en contenants ou en sacs. Le suivi de la fréquence d’irrigation, du pourcentage de drainage et des tendances de l’EC permet de maintenir une zone racinaire stable, plutôt que soumise à des fluctuations extrêmes. Si la viviparité s’accompagne d’autres problèmes de qualité des fruits, il est recommandé de revoir la nutrition de fin de cycle, notamment en évitant des apports excessifs d’azote favorisant une croissance trop végétative, et en vérifiant que le potassium n’est pas limitant. Les différences variétales peuvent également intervenir ; des symptômes récurrents sur un cultivar donné doivent conduire à un échange avec un conseiller technique ou le fournisseur de semences afin d’évaluer une éventuelle sensibilité et d’envisager des alternatives.
Capitaliser sur le suivi et l’analyse des données
La tenue de registres permet de mieux comprendre les contextes d’apparition de la viviparité. Lorsqu’elle survient, il est utile de documenter le cultivar, la zone de serre, l’intervalle et le stade de récolte, la position de la grappe le cas échéant, ainsi que toute modification récente de l’irrigation, de l’EC ou de la gestion de la lumière et de la température. Ces éléments facilitent l’identification de liens éventuels avec des pratiques culturales ou des épisodes de stress pouvant être corrigés.
Un enjeu de qualité plus que de sécurité alimentaire
La viviparité ne constitue pas un risque pour la sécurité alimentaire, mais elle affecte la valorisation commerciale des tomates, car la germination interne altère l’aspect du fruit et est souvent associée à une surmaturité et à une texture plus molle. Lorsque l’incidence est élevée, les fruits concernés peuvent être écartés des circuits premium. La stratégie la plus fiable à long terme repose sur la prévention, via une récolte réalisée au bon stade, des pratiques de manipulation cohérentes et une gestion stable de la serre et de la zone racinaire, afin de limiter le stress et d’assurer un développement et une maturation homogènes des fruits.