Le marché mondial de la tomate traverse une phase de rééquilibrage, marquée par la reprise progressive de l’offre dans plusieurs bassins de production, mais avec des dynamiques de prix toujours contrastées selon les origines. Les perturbations climatiques du début d’année, les décalages de plantations et les coûts énergétiques continuent d’influencer fortement les équilibres. Le marché évolue ainsi de manière fragmentée, entre corrections de prix et tensions résiduelles.
Contexte global : une offre en reprise mais un marché fragmenté
Les volumes de tomates augmentent progressivement dans les principales zones de production, mais sans synchronisation globale. Les épisodes climatiques récents, combinés à des cycles de culture irréguliers, continuent d’affecter la fluidité de l’offre sur les marchés.
Parallèlement, les coûts énergétiques, les stratégies sous serre et les flux commerciaux redéfinissent les rapports de compétitivité entre origines. Le marché est désormais fortement influencé par le timing de production et les méthodes de culture, plus que par la seule saisonnalité.
Italie : baisse des prix après les pics d’avril
En Italie, le marché enregistre une correction nette des prix après les niveaux élevés observés début avril. L’augmentation des volumes en provenance de Sicile contribue à détendre la pression sur l’offre.
Sur le marché de Milan, les tomates cerises ont fortement reculé par rapport aux semaines précédentes, tandis que les tomates prunes, beefsteak et grappe suivent la même tendance. Malgré ce repli, la consommation reste structurellement élevée, même si les volumes achetés par transaction montrent un léger recul.
Allemagne : montée en puissance de la production locale
En Allemagne, la production sous serre progresse, bien que certains producteurs aient retardé leurs plantations en raison des coûts énergétiques élevés. Les conditions de culture restent globalement satisfaisantes malgré un déficit d’ensoleillement en début d’année.
L’offre est désormais diversifiée, avec des apports en provenance de plusieurs pays européens et méditerranéens. Les prix restent globalement supérieurs à ceux de l’an dernier. À moyen terme, la consommation de tomates progresse, notamment pour les variétés cocktail et cerises.
Pays-Bas et Belgique : prix soutenus par un printemps sec
Aux Pays-Bas et en Belgique, les conditions climatiques sèches et ensoleillées du printemps ont favorisé le développement des cultures. La production sous serre gagne en intensité, tandis que les besoins en éclairage artificiel diminuent progressivement.
Les prix restent élevés, soutenus par une offre importée limitée et des coûts de production en hausse. L’énergie constitue également une source de revenus croissante pour les producteurs. Par ailleurs, les investissements dans les serres et les technologies LED continuent de s’intensifier, tout comme l’adoption de variétés résistantes au ToBRFV.
Europe du Sud : Espagne et France dans une phase de correction
En Espagne, la campagne a été marquée par une forte tension sur l’offre en début de saison, provoquée par des conditions climatiques défavorables et des pressions sanitaires. Cette situation a entraîné une hausse rapide des prix, suivie désormais d’un ajustement à la baisse avec le retour progressif des volumes.
En France, après une période de prix élevés liée à une concurrence limitée, le marché entre également dans une phase de repli. L’arrivée de volumes supplémentaires, tant nationaux qu’importés, permet un rééquilibrage progressif de l’offre et de la demande.
Turquie et Maroc : montée en puissance des exportations
La Turquie poursuit la croissance de ses exportations de tomates, soutenue par une forte demande européenne et des coûts de production compétitifs. Les marchés de destination incluent notamment la Roumanie, la Russie et l’Ukraine, avec une progression continue des volumes.
Le Maroc confirme également son rôle croissant sur le marché européen, porté par une forte expansion des tomates segmentées (cerises, baby plum et variétés spécialisées). La France reste la principale porte d’entrée, mais une part importante des volumes est redistribuée vers d’autres marchés européens, renforçant l’influence indirecte du pays en Europe du Nord.
Amérique du Nord : amélioration progressive mais marché encore tendu
En Amérique du Nord, l’offre reste limitée après les épisodes de gel en Floride, même si une amélioration progressive est observée. Les tomates rondes et Roma demeurent les plus contraintes, tandis que les variétés cerises sont plus disponibles.
La production sous serre au Canada et au Mexique contribue à stabiliser partiellement le marché, sans toutefois combler totalement la demande. Une amélioration plus nette est attendue avec l’entrée en production de nouvelles zones au cours de la saison.
Afrique du Sud : transition saisonnière et prix fermes
En Afrique du Sud, le marché évolue dans une phase de transition entre les zones de production estivales et hivernales. Les conditions climatiques récentes ont affecté la qualité et les volumes, mais la situation se stabilise progressivement.
Les prix restent fermes et permettent aux producteurs de dégager des marges correctes. La demande devrait être soutenue par les périodes de consommation à venir, notamment autour des prochains jours fériés.
Perspective : un marché guidé par les coûts et la différenciation
Le marché mondial de la tomate entre dans une phase où les dynamiques locales priment sur la saisonnalité globale. L’évolution des coûts, les stratégies sous serre et les conditions climatiques continuent de structurer les échanges.
Dans les prochaines semaines, les équilibres dépendront fortement de la montée en puissance des récoltes et des flux commerciaux, confirmant un marché de plus en plus segmenté et sensible aux origines et aux modèles de production.
Source : Horti Daily