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Culture sur tables et sous tunnels : quand est-il intéressant d’investir ?

Par Cindy van Rijswick – Rabobank

Culture sur tables et sous tunnels : quand est-il intéressant d’investir ?



Dans les plantations européennes de fruits rouges, l’essor des systèmes sur tables (table-top) et sous tunnels est devenu incontournable. Ces modèles attirent de nouveaux investisseurs car ils promettent une meilleure maîtrise de la production, mais Rabobank rappelle un point clé : il n’existe pas de solution unique. La pertinence d’un investissement dépend du marché visé, du climat, des compétences techniques et du niveau de capital disponible.

Les bénéfices recherchés : qualité, régularité, efficacité

Selon Cindy van Rijswick, un système combinant tunnels et culture sur tables (sur substrat) améliore fortement :

  • l’efficacité de la main-d’œuvre,
  • la qualité et la régularité des fruits,
  • la pression sanitaire, avec une réduction des traitements et des pertes.
     

Ces systèmes permettent aussi de mieux piloter l’eau et la fertilisation, d’améliorer la prévisibilité des rendements (notamment pour les contrats) et d’augmenter la performance globale grâce à une moindre exposition aux aléas climatiques. Ils offrent enfin la possibilité d’allonger ou d’ajuster la saison, afin de capter de meilleures fenêtres de prix. L’enjeu social n’est pas secondaire : récolter debout sous structure couverte améliore nettement les conditions de travail.

Une adoption déjà avancée au Nord-Ouest, en progression ailleurs

Le niveau de diffusion varie selon les régions. En Europe du Nord-Ouest (Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, pays nordiques), les tunnels sont devenus progressivement la norme. Au Royaume-Uni, la production de fraises se fait désormais entièrement sous tunnels. Aux Pays-Bas, environ trois quarts des volumes sont produits sous tunnels ou en serre.
D’autres marchés comme l’Allemagne sont encore en transition, mais la combinaison climat plus extrême + exigences qualité de la distribution devrait accélérer la dynamique.

Coûts d’entrée : des écarts importants selon le système

Rabobank estime les niveaux d’investissement suivants :

  • 150 000 à 300 000 € / ha pour un système combinant tables + tunnels (selon équipements),
  • environ la moitié pour des tunnels en culture en sol,
  • 1 à 2 M€ / ha pour une serre “avancée” high-tech.
     

Malgré ces montants, la serre peut rester rentable si elle permet des rendements plus élevés et des prix supérieurs. Les Pays-Bas comptent déjà plus de 500 ha de fraises sous serre, preuve que le modèle peut fonctionner lorsque les débouchés rémunèrent la qualité.

Rentabilité : le marché et les compétences font la différence

Avant d’engager du capital, les producteurs doivent sécuriser des clients capables de payer le surcoût nécessaire à la rentabilité. Ces systèmes exigent aussi une gestion technique plus pointue : choix du substrat, pilotage de l’irrigation/fertigation, stratégies phytosanitaires et intégration éventuelle de technologies complémentaires (ex. robots UV contre l’oïdium observés au Royaume-Uni).

Variétés : un levier qui complète l’investissement

Le secteur évolue aussi via l’innovation variétale. Goût, calibre (réduction des coûts de récolte), résistance aux maladies, durée de conservation et rendement sont des critères centraux. Des pistes émergent également autour de variétés de fraises issues de semences, qui pourraient transformer les cycles en pépinières et améliorer la santé du matériel végétal.

À retenir

Les tunnels et la culture sur tables peuvent devenir un avantage compétitif majeur, mais uniquement si le système choisi est adapté au contexte agronomique, aux capacités techniques de l’exploitation et aux attentes du marché. Dans les fruits rouges, l’investissement n’est performant que lorsqu’il est aligné avec la réalité commerciale.

 

MILBOR PMC, Soft Fruit Market Report 2026