Il y a encore quelques semaines, les producteurs faisaient face à une sécheresse prolongée, entrée dans sa septième année. Aujourd’hui, après des pluies incessantes, certains barrages débordent, ravivant les craintes d’inondations, comme dans le nord du pays où la ville de Ksar El Kébir a dû être évacuée. Le gouvernement marocain a officiellement annoncé la fin de la sécheresse.
Souss Massa : des dégâts modérés, mais des inquiétudes sur la qualité et l’export
Dans la région de Souss Massa, l’un des principaux bassins agricoles du pays, les dégâts liés à la météo restent modérés. Ils soulèvent néanmoins des préoccupations concernant la qualité des fruits et légumes ainsi que les volumes à l’export. Selon Amine Amanatoullah, producteur basé à Agadir, l’arrivée de pluies torrentielles renforce des inquiétudes anticipées depuis l’été : la montée des enjeux phytosanitaires et l’écart entre les besoins des producteurs et les solutions disponibles sur le marché, qu’il s’agisse de solutions de protection des plantes ou de variétés résistantes.
Une météo plus stable localement, mais une humidité plus problématique
Le producteur décrit une situation climatique relativement modérée dans le Souss-Massa, mais qui réactive des difficultés bien connues. « Le climat est extrême dans d’autres régions du Maroc, mais ici, dans le Souss-Massa, il se stabilise enfin après des années de sécheresse. Nous avons connu les quatre saisons, avec des températures favorables à une production précoce de légumes et, surtout, aucune inondation comme celles qui posent de gros problèmes dans le nord. En revanche, nous avons aussi des problèmes causés par la pluie, notamment une humidité plus élevée que d’habitude. »
Variétés : le vrai point de friction face à la pression sanitaire
Selon Amanatoullah, le principal problème actuel dans le Souss-Massa n’est pas tant le climat que l’adéquation des variétés disponibles. « Nous vivons depuis longtemps avec un climat aride, et notre plus grand problème était des virus comme le ToBRFV sur tomate. Aujourd’hui, les producteurs du Souss-Massa font face à un problème majeur de mildiou, favorisé par l’humidité. Or, les variétés de tomate résistantes aux virus ne sont pas forcément résistantes au mildiou, ce qui entraîne des problèmes de qualité à grande échelle. »
Ressource en eau : des barrages rétablis, mais une dépendance temporaire au dessalement
Point positif : les pluies tant attendues ont permis de rétablir les niveaux des barrages à des niveaux comparables à ceux d’avant la sécheresse, y compris dans le Souss-Massa où les précipitations restent plus faibles que dans d’autres régions. Toutefois, les producteurs devront continuer à s’appuyer sur l’usine de dessalement voisine, véritable bouée de sauvetage, tant que les conduites reliant les barrages, actuellement en maintenance, ne seront pas réparées, ce qui pourrait prendre un à deux mois, selon Amanatoullah.
Europe : pénurie sur les étals et tolérance accrue des acheteurs
Il y a trois mois, le producteur alertait sur un risque de pénurie de tomates destinées à l’export à partir de février, en raison de problématiques sanitaires et variétales. Aujourd’hui, selon lui, la pénurie est bien visible sur les étals européens. « Nous constatons des problèmes de qualité importants qui affectent les volumes exportés. Rappelons que les rendements en tomate dépendent bien sûr de la météo, mais ils se définissent aussi de manière relative par des facteurs économiques : le marché ciblé et la fenêtre commerciale dans laquelle chaque producteur opère. La situation actuelle est telle que la tomate destinée au marché intérieur, moins exigeant sur l’apparence et le calibre, est disponible en quantités suffisantes. En revanche, le déficit de rendement se fait sentir sur les marchés européens. »
Selon Amanatoullah, le manque est tel que les acheteurs se montrent plus tolérants que d’habitude cette saison, privilégiant l’approvisionnement et acceptant de trier à nouveau et de reconditionner à destination.
Logistique : retards, congestion portuaire et qualité dégradée à l’arrivée
Les problèmes de qualité à destination sont aggravés par des complications logistiques, conséquence indirecte des intempéries dans le nord du Maroc auxquelles les producteurs du Souss-Massa n’échappent pas. Amanatoullah explique : « Les produits subissent de longs retards, parfois des temps de transit doublés, en raison de perturbations logistiques et de la suspension de rotations maritimes entre le Maroc et l’Espagne, ce qui entraîne une congestion dans les ports. Les tomates arrivent donc parfois en mauvais état, même si elles étaient conditionnées en bon état à Agadir. »
Une phase d’ajustement, et une urgence : des variétés adaptées
Pour les producteurs, cette période difficile traduit une transition naturelle entre deux régimes météo opposés. Pour Amanatoullah, « la transition est bénéfique. Nous étions désespérés que la sécheresse prenne fin. En attendant, il faut se réajuster, comme notre écosystème : pépinières, sélectionneurs de semences, fournisseurs de solutions phytosanitaires. Une fois encore, nous avons un besoin urgent de variétés adaptées et résistantes. »
Une perspective plus optimiste pour la prochaine saison
Amanatoullah conclut sur une note positive : « La saison à venir promet d’être exceptionnellement bonne pour l’ensemble de la production agricole du pays, tous fruits et légumes confondus, je l’espère. Une fois les inondations derrière nous, les producteurs marocains seront prêts avec des fruits et légumes de meilleure qualité, plus savoureux, de meilleurs calibres et de meilleurs rendements. Les producteurs qui ont tenu bon pendant toutes ces années de sécheresse, fait preuve de résilience et insisté pour continuer à produire, seront récompensés par une plus grande capacité à récolter les bénéfices. »