Le 12 février 2026, Green Smile a lancé la toute première session de l’Afterwork des AgriPro au Sofitel Royal Bay à Agadir. L’Afterwork des AgriPro est un format de rencontre organisé en fin de journée, après les heures de travail, sur une durée de deux heures, afin d’offrir aux producteurs, coopératives, agripreneurs et acteurs de la chaîne de valeur un espace d’échange convivial et stratégique autour des grands enjeux du secteur agricole.
Cette première rencontre, sponsorisée par Hortitool Consulting, était animée par Hassan Benabderraziq, ancien Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, était consacrée à un sujet devenu central pour l’agriculture marocaine : l’avenir du dessalement.
Dans une région comme le Souss-Massa, soumise à une pression hydrique persistante, le dessalement n’est plus une perspective théorique. Il alimente déjà des exploitations agricoles et influence directement les décisions d’investissement. Mais si la technologie s’impose progressivement comme une solution structurante, son avenir dépend de conditions économiques, énergétiques et institutionnelles précises.
Le dessalement : une réponse structurante dans un contexte de stress hydrique
Le constat partagé lors de cette première session est clair : la sécurisation de l’eau agricole est devenue un enjeu stratégique majeur. Dans le Souss-Massa, la raréfaction progressive des nappes impose une transition vers des ressources alternatives. Le dessalement apparaît ainsi comme un levier permettant de stabiliser l’activité économique, préserver l’emploi et sécuriser les investissements agricoles. Cependant, cette transition ne peut être envisagée sans une réflexion approfondie sur la viabilité du modèle.
Un modèle économique sous tension
L’un des points les plus marquants de la discussion concerne l’écart entre le coût réel de production et le prix facturé aux agriculteurs. Le coût de sortie de l’eau dessalée peut atteindre environ 9 dirhams/m³, tandis que le prix facturé avoisine 5,5 dirhams/m³. Cet écart soulève naturellement la question de la soutenabilité financière à long terme. La principale explication réside dans la forte intensité énergétique du processus. Une part significative du coût - environ 3 dirhams/m³ - est liée à l’électricité. Dans ce contexte, la compétitivité du dessalement est directement liée à la transition énergétique et à l’optimisation des installations.
Le développement du solaire ou de l’éolien apparaît ainsi comme un axe stratégique incontournable pour réduire les coûts de production.
Le dilemme du producteur : nappe ou dessalement ?
Sur le terrain, la réalité économique reste déterminante. Le coût du relevage d’eau souterraine peut être estimé autour de 0,80 DH/m³, contre environ 5 DH/m³ pour l’eau dessalée. L’arbitrage est donc évident pour de nombreux producteurs.
Cette différence explique pourquoi le dessalement ne peut constituer une solution durable sans un cadre de gouvernance strict sur les prélèvements des nappes. Sans contrôle effectif, la tentation de privilégier les forages demeure forte. Le message central de la session est sans ambiguïté : le dessalement et la régulation des nappes doivent avancer conjointement.
Contraintes techniques et compromis structurels
Le dessalement obéit à une logique industrielle de production continue, alors que la demande agricole est fortement saisonnière. Les infrastructures engagées, parfois dimensionnées pour des capacités très importantes, nécessitent un niveau d’utilisation suffisant pour maintenir un coût unitaire maîtrisé. Si la demande fluctue, le coût augmente.
À cela s’ajoute une contrainte majeure : la capacité de stockage de l’eau dessalée reste très coûteuse, limitant la flexibilité du système.
Ces éléments imposent une réflexion globale sur l’équilibre entre production, demande, stockage, et mix hydrique (nappe, barrage, dessalement).
Le cas de Chtouka : vers un modèle encadré
L’exemple de Chtouka a illustré concrètement les évolutions en cours. Le projet prévoit un doublement de capacité, confortant l’importance croissante du dessalement dans la stratégie régionale. Parallèlement, la mise en place de compteurs et de dispositifs de contrôle des prélèvements au niveau de la nappe progresse, malgré certaines résistances.
L’objectif est de construire un équilibre réaliste entre le recours raisonné à la nappe et l’utilisation du dessalement, tout en améliorant l’efficience de l’irrigation et la gestion de l’eau au niveau des exploitations.
L’optimisation énergétique constitue également un chantier majeur. Les comparaisons présentées montrent que le solaire peut offrir des coûts bien inférieurs à ceux de l’électricité du réseau, ouvrant des perspectives intéressantes pour améliorer la compétitivité du modèle.
Prévenir les pénuries futures : vers une approche intégrée
La session s’est conclue sur une question stratégique : comment éviter que des épisodes de pénurie ne se reproduisent dans le Souss ?
Plusieurs priorités se dégagent :
- Renforcer la fiabilité des infrastructures,
- Sécuriser le financement,
- Maîtriser les coûts,
- Développer les énergies alternatives,
- Améliorer l’efficience hydrique,
- et surtout instaurer une gouvernance claire, stable et transparente des nappes.
Au-delà du dessalement, les échanges ont également ouvert la réflexion sur la mobilisation d’autres ressources hydriques locales. Un participant a notamment souligné que, dans la région du Souss, des épisodes de crues sont observés environ tous les sept ans. L’installation de digues ou d’ouvrages de rétention pourrait permettre de limiter les pertes vers la mer et de valoriser ces volumes d’eau lors des périodes de forte pluviométrie. Cette proposition rappelle qu’une stratégie hydrique durable doit intégrer l’ensemble du mix hydrique, y compris la gestion et la valorisation des eaux de crue à l’échelle du bassin versant.
Une transition collective
Cette première session de l’Afterwork des AgriPro a confirmé que le dessalement constitue une solution structurante pour l’avenir de l’agriculture marocaine. Mais il ne peut être considéré comme une réponse isolée. Sa réussite dépend d’une approche collective associant l’État, les producteurs, les institutions financières et l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.
Au-delà de la technologie, c’est la capacité à organiser une transition hydrique maîtrisée et intégrée qui déterminera la résilience agricole du Souss-Massa dans les années à venir.
Inscriptions ouvertes pour la prochaine session (Cliquez ici)